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Votre ado et vous: la métamorphose

Voir notre enfant grandir, c’est un peu comme regarder un film d’horreur. Le titre : La métamorphose. Le scénario : un mini-humain tout rose, affectueux et souriant se transforme du jour au lendemain en énorme créature amorphe et simiesque.

simiesque [simjesk] adj.
Qui a la démarche, l’attitude, le poil, l’odeur et le vocabulaire du singe sauvage déporté de sa jungle profonde et qui se retrouve à présent terré dans votre sous-sol de banlieue.

J’exagère à peine le caractère soudain de la transformation. Du jour au lendemain, les bras et les jambes s’allongent, le dos se courbe, la démarche se fait traînante, le regard se graisse-de-binifie et la voix, maintenant caverneuse, est surtout employée pour marmonner un perpétuel « J’aiiiiii faiiiiiim… ». Mais ça, ce n’est que le début.

Car soudain, mesdames, votre fille a plus de poitrine que vous. Un bon matin, vous lui faites un câlin et, choc nerveux oblige, vous recrachez vos céréales dans ce qu’il faut bien appeler son décolleté naissant. Vous l’accompagnez alors dans l’achat de son premier soutien-gorge et vous vous rendez compte que 1- elle a beaucoup plus de choix que vous n’en aviez à son âge (où un seul modèle hideux était disponible en beige ou blanc) et que 2- elle a beaucoup plus de choix que vous n’en avez aujourd’hui (où soit vous achetez un soutif de sport, soit vous vous réconciliez avec votre danseuse exotique intérieure en vous procurant de la lingerie qui combine parfois maladroitement motifs léopards et dentelle fluo). Vous souffrez en silence en vous raccrochant au fait que bientôt, elle aura ses règles et ça n’est pas son mignon soutien-gorge lavande à étoiles dorées qui la consolera.

Autre chose, et pas des moindres : du jour au lendemain, les ados, il leur pousse du POIL. Pas du mignon petit duvet de caneton, non. Du vrai poil majeur et vacciné qu’ils chercheront à éliminer au gré des modes et autres pressions culturelles. Oui, je sais, on aimerait que nos ados, nos ados-filles surtout, acceptent leur poil et en chérissent chaque brin comme un beau miracle de Mère Nature. Mais comment leur expliquer ça alors que, de un, le poil a disparu de l’imaginaire collectif et, de deux, on est super occupées au téléphone avec l’esthéticienne qui n’a plus de place cette semaine pour notre maillot à la brésilienne?

Bref, avec l’arrivée du poil et de son retrait inévitable, nous découvrirons que rien de ce qui est humain n’est inné. Rincer le rasoir qu’on emprunte à sa mère pour se raser les jambes, par exemple, est un geste qui, apparemment, n’est pas instinctif. Les parents d’ados mâles savent aussi qu’il n’est pas dans les gènes de nos garçonnets nouvellement hirsutes de nettoyer le lavabo après le rasage de la barbe – et le processus d’apprentissage peut être très long, comme en témoigne parfois le lavabo familial après le passage de Père indigne.

Pendant que j’y pense, profitons donc de cette discussion intime pour adresser un message aux ados : vous qui frôlez la crise d’épilepsie chaque fois qu’on vous surprend tout nus dans la salle de bain, sachez que de notre côté, nous n’avons aucune envie, AUCUNE, de vous voir flambettes avec vos poils crépus, vos grosses poitrines et vos zizis d’adultes. Laissez-nous un peu d’innocence et verrouillez cette fichue porte, bon sang.

Évidemment, il y a aussi l’éternelle question des boutons. Mais ça, les boutons, ça n’est pas vraiment un problème pour nos ados contemporains. En effet, les ados d’aujourd’hui ont grandi avec des machins électroniques et vivent depuis leur naissance dans un monde où les pitons, c’est cool. Qu’ils se trouvent sur leur visage ou sur une console de jeu, c’est pustule blanche, blanche pustule. En fait, la seule différence entre leur face et une Xbox, c’est que quand ils jouent avec leurs propres boutons, ils n’accumulent pas de points.

Bref, aussi horrifique que ce soit, nos ados se transforment, et eux comme nous devons apprendre à vivre avec. Que faire en tant que parent pour bien traverser cette période riche en rebondissements hormonaux, pustuleux, pileux et autres? Facile. Il suffit de désamorcer les situations tendues en faisant preuve d’un humour de bon aloi. Rien de tel, en effet, qu’une petite blague bien tournée pour détendre l’atmosphère et établir une complicité qui durera toute la vie (voir fig. 1).

PITON

Fig. 1 : Mère indigne établissant, par le biais de l’humour,
une complicité qui durera toute la vie.

Croyez-moi, ça fonctionne comme un charme. J’ai essayé ça il y a trois jours et j’attends seulement que Fille aînée daigne enfin ressortir de sa chambre pour poursuivre mon bon travail.

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8 réponses à Votre ado et vous: la métamorphose

  1. Jocelyne Gagné dit :

    Tous les parents ayant des ados ont besoin d’aide….Du jour au lendemain,ils ne les reconnaissent plus…..

    • Mère indigne dit :

      Je pense que parfois eux non plus ne nous reconnaissent plus! On a parfois trop d’appréhensions… mais on peut quand même rire d’eux un petit peu pour nous consoler. ;)

  2. HA HA HA HA HA HA HAAAAAAAA fis-je, que dis-je, fais-je toujours en lisant ce post.
    Tellement vrai, tellement drôle, surtout quand fille cadette douze ans et deux bonnets de plus que moi lève les yeux au ciel, hausse les épaules et s’en va marmonner une phrase de Sexion d’assaut dans sa chambre.

    Merci !!

    • Mère indigne dit :

      Vous pensez que les gros bonnets, c’est à cause des hormones qu’on trouve maintenant dans le poisson? Comment ça se fait qu’ils n’en mettaient pas, des hormones, quand nous on en avait besoin? ;)

  3. Isabelle Côté dit :

    Bonjour madame Allard,

    Je me présente, je suis Isabelle Côté, Thérapeute en relation d’aide psychologique.
    J’étais à la bibliothèque Philippe-panneton à Laval ce soir, mardi le 23 avril. J’étais assise près de la fenêtre. J’ai du quitter plus tôt que la fin de votre conférence car je devais aller chercher mes enfants.

    J’ai été touché par votre simplicité et votre honnêteté à vous dévoiler. J’ai été très inspirée par votre parcours. Vous entendre à alimenter mon rêve d’un jour être auteure et un jour pouvoir transmettre quelque chose par l’intermédiaire de conférences.

    J’aurais beaucoup aimé pouvoir discuter avec vous. Je suis très contente d’avoir pu vous entendre. Bravo pour ce que vous avez accompli et je vous souhaite beaucoup de succès avec les ados!

    • Mère indigne dit :

      Bonjour Isabelle! Contente que vous ayez pu venir passer un petit moment avec moi! Ça a été une soirée fort agréable. Merci pour les bons mots, ça fait très plaisir à lire! Au plaisir de vous rencontrer à une autre occasion ou même de vous lire un jour!

  4. Mère-À-Boutte dit :

    Vive les ados… Les hormones qui montent et qui baissent au gré des vents et la douce odeur écoeurante qui peut se dégager de leur chambre le matin (oui, oui, même chez les filles)… On a juste envie de les envoyer pensionnaire au couvent pour 2 ou 3 ans !!!

    • Mère indigne dit :

      On comprend que vous portez bien votre nom, Mère-À-Boutte! ;) Ici, je n’ose pas ouvrir la porte de la chambre, ça vaut mieux, je crois. ;)

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