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Considérations pouilleuses

C’était il y a quelques années et pourtant, la tête me pique encore comme si c’était hier.

Père indigne venait tout juste de recevoir par la poste un microscope à prise USB, un genre de crayon avec une lentille au bout, qui se branche sur l’ordi et qui permet d’observer des trucs en mille fois plus gros directement sur notre écran. Un soir, au retour du travail, il s’amusait à examiner du matériel éminemment scientifique avec son nouveau microscope, comme ses poils d’oreilles, ses papilles gustatives et ses rognures d’ongles, sans parler des parois intérieures de son nez.

C’est à ce moment-là qu’un petit machin noir est tombé sur la feuille de devoirs de Lalie.

Ça bougeait.

J’ai fait 2+2 avec le papier que nous avait envoyé l’école et où il était écrit:

Image 9

Pas de doute, c’était un pou. Sans doute la faute de Lili-Béatrice à qui Lalie avait l’habitude de faire des câlins complètement disproportionnés alors qu’elle ne savait même pas quel était son nom de famille. J’ai hurlé.

Père indigne, lui, a bondi de joie. Je pense que je ne l’ai jamais vu aussi heureux ni aussi pressé d’observer un corps nu et frétillant. En tout cas, avec moi, il ne s’est jamais servi d’un microscope. Son examen scientifique nous révéla une créature d’une semi-transparence dégoûtante, avec une petite tête et un énorme ventre, et qui nous adressait indubitablement deux doigts d’honneur bien sentis:

Image 5

Quand des poux se présentent chez votre enfant, que faire? Tout d’abord, paniquez. Si, si. Il faut s’habituer tout de suite à ce sentiment de détresse qui ne vous quittera plus pendant un bon moment. Même deux ans plus tard, Lalie ne peut pas me faire un câlin sans que je lui fouille discrètement la tête comme une entomologiste névrosée.

Deuxièmement, précipitez-vous à la pharmacie. Les pamphlets de l’école vous conseilleront deux types de traitements; vous vous rendrez compte qu’il n’y a qu’un de disponible sur les tablettes. C’est tout à fait normal. Les  parents expérimentés ayant fait leurs provisions au mois d’août, il reste seulement le shampooing qui ne fonctionne pas. Vous l’achèterez tout de même, ce qui ne vous empêchera pas de passer, remplie d’un désir inavouable, dans l’allée des clippers en vous disant que c’est bien dommage que la mode ne soit pas aux fillettes chauves. Rebelote dans l’allée des teintures; quel scandale que la décence nous interdise de teindre notre enfant de cinq ans en blond alors que le peroxyde, ça tue sûrement les poux!

On dit que les singes s’épouillent pour renforcer leur esprit de clan. Ce sont ces mêmes poux qui nous prouvent hors de tout doute que Darwin avait tort: l’homme ne descend pas du singe. Chez l’homme, les pouilleux deviennent des parias dans leur propre famille. Vous assénerez à votre enfant plein de poux son premier grand traumatisme émotionnel: « NON! N’approche pas ta tête du divan/de mon lit/du chien/du lit du chien/de PERSONNE! Tu ne dois toucher à RIEN, comprends-tu? À RIEN! Sinon, on va être obligés de mettre le FEU À LA MAISON et ça sera TA FAUTE! » Ainsi sermonné, votre rejeton sera prêt à rester bien sagement assis sur une chaise pendant quatre heures chaque soir, deux semaines durant, le temps que vous examiniez (sans l’enthousiasme simiesque) ses cheveux un à un pour tenter d’y débusquer toutes les créatures de cauchemar qui y prospèrent.

Information cruciale #1: les lentes collent aux cheveux et se rient du peigne à poux, qui ne vaut rien. Soyons écologiques et sauvons ces milliers d’arbres en plastique sacrifiés pour la confection d’un objet obscènement inutile.

Information cruciale #2: je suis désolée d’avoir à le dire publiquement, mesdames, mais la traque des poux, c’est vous qui allez devoir vous en occuper. Dans ce domaine, les stéréotypes hommes/femmes, c’est la réalité. Pédiculosement parlant, l’homme voit le portrait global. Et le portrait global n’inclut pas les bestioles de 500 micromètres qui gambadent dans la tête de leurs héritiers. Nous, les femmes, on s’attarde aux détails. On les voit, les salauds de poux avec leurs œufs. On les détecte et on les isole et on les pince et on les arrache et on les jette avec mépris dans une tasse profonde où notre mari (qui deux minutes auparavant nous jurait qu’il ne voyait « rien du tout » sur la tête à l’examen) ira plonger allègrement son stupide microscope. Nous, mesdames, encore fidèles à notre nature, nous multitaskerons: nous enlèverons les poux et les lentes tout en murmurant à l’adresse de notre soi-disant « douce moitié » des insultes viles et sans doute réprouvées par la morale.

Cela vous paraîtra impossible mais ça demeure vrai: un jour, vous viendrez à bout du parasite. Cependant, ne vous faites pas d’illusions. Il suffira d’un câlin parascolaire pour que les poux reviennent vous faire le mauvais doigt.

Dernière chose au sujet des singes. Ils s’épouillent pour renforcer l’esprit de clan, mais personne ne dit pourquoi ils mangent les poux qu’ils enlèvent de la tête de leurs congénères. Moi, je le sais. Ça n’est pas pour les protéines ou pour satisfaire une compulsion malsaine de type « dégustation de crotte de nez ». C’est parce que lorsqu’ils les mangent, les poux s’en vont directement agoniser dans l’acide gastrique et ne pourront jamais en revenir. JAMAIS! AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAH!

Hum.

On n’est peut-être pas de la même famille mais c’est quand même malin, un singe.

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24 réponses à Considérations pouilleuses

  1. Taillefer dit :

    C’est la pemière fois que je vous lis. . . Merci pour ce 1er rire matinal!!?

  2. Nomadesse dit :

    C’est normal si ça me gratte tout à coup, en vous lisant tout simplement?

    • Mère indigne dit :

      Ça me pique depuis que j’ai eu l’idée de ce billet. Plus de poux dans ce blogue, c’est promis! ;)

  3. Louise dit :

    Pourquoi lorsqu’on parle de poux, la tête nous pique?

  4. Jojol'affreuse dit :

    Une grande fan depuis vos débuts. Je suis heureuse de vous lire à nouveau!

  5. Damia dit :

    Oh que je me reconnais!! Ma fille a eu des poux en maternelle… elle est en 5e année et j’en suis encore traumatisée! J’ai une peur bleue qu’elle en rapporte encore!

    • Mère indigne dit :

      Sur la page FB de Mère indigne, quelqu’un disait que ceux qui n’avaient pas d’enfants pouvaient être aussi traumatisés par les poux que les parents. Moi je dis: impossible! :D

      • Damia dit :

        Oh non! On pense qu’on peut-être traumatisé… mais il faut le vivre pour vraiment savoir! J’ai bien avisé ma fille. Mode, pas mode… si elle rapporte des poux une seconde fois, je lui rase la tête! Elle a les cheveux aux fesses! Pas vrai qu’on va vivre ça une autre fois!

        Dire que ma plus jeune ira un jour à l’école… j’pense que je vais tout de suite lui mettre l’idée de conserver une tête pas de cheveux!

        • Mère indigne dit :

          C’est franchement la pire affaire. Ça marque pour la vie! Et le pire, c’est qu’évidemment, on menace, mais on ne rase jamais… ;)

  6. Dytal dit :

    hahahaha moi aussi la tête me pique!

    Quand mes enfants étaient petits j’avais lu que les poux n’aimaient pas l’odeur de la lavande. Alors mes enfants ont senti la lavande tout leur primaire, mais n’ont jamais attrapé de poux!

    Et pour ton idée de teinture elle n’est pas folle ni indigne cette idée, une de mes amies qui a des enfants aux cheveux noir, leur a teint les cheveux en noir le jour où ils ont attrapé des poux et hop terminé!

    Bonne continuité mère indigne, je suis vraiment contente de te relire!

    • Mère indigne dit :

      Bien heureuse de vous savoir de retour ici aussi, Dytal! Oui, la fameuse lavande! J’ai un beau petit flacon d’huile essentielle à la maison, mais j’ai toujours oublié d’en mettre! ;) Quant à la teinture: bon à savoir! Mais je pense que Lalie est susceptible de choisir le vert ou le bleu plutôt qu’une couleur plus naturelle… ;)

  7. Rokia dit :

    Magnifique, j’ai des larmes qui me coulent encore…Magnifiquement écrit, je vais vous suivre avec grand plaisir et petite rectification, le lavandin est plus efficace que la lavande…ça marche à fond, je vide le flacon car ma fille à des… rastas…Je vous laisse imaginer le désastre si… ;-)

  8. Denis T. dit :

    Et dans cette histoire, qu’est devenue Lalie? A-t-elle développé un syndrome post-traumatique?

  9. Abricotier dit :

    J’ai utilisé pour toute la famille (parce que ça migre ces saletés), à plusieurs reprises (merci l’école !!!) du vinaigre blanc. Ca marche, c’est pas cher et c’est pas toxique.
    Mode d’emploi : avoir toujours plusieurs bouteilles de 2 l en réserve, bien mouiller les cheveux jusqu’au crâne de vinaigre, envelopper la tête dans une serviette et dormir toute la nuit avec. A renouveler une ou plusieurs fois si des lentes sont restées ou des poux réattrapés car certains parents ont l’air carrément indifférents et l’école n’a pas le droit de refuser des enfants, même infestés (j’habite en France).

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