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Votre ado et vous: apprendre à faire confiance

L’autre jour, j’ai essayé de faire confiance à un tabouret. Je me suis assise dessus et j’ai commencé à lui avouer des trucs. Comme le fait que j’ai commis deux vols dans ma vie: une fois à huit ans (j’avais volé une efface à un ami) et l’autre fois à douze ans (j’avais volé une efface à un ami – ben quoi, je fais preuve de cohérence, c’est tout). Je lui ai aussi confié que je n’en pouvais plus de me faire donner des indications routières par Père indigne même quand on va juste au dépanneur. Et puisque nous avions abordé le tabou automobile, je lui ai finalement raconté la fois vraiment cliché où, au volant de ma voiture, j’ai fouillé dans mon nez à une lumière rouge.

Le tabouret ne m’a jamais répondu.

Impossible de savoir ce qu’il pensait, et impossible aussi de lui soutirer la moindre confidence. Monsieur vivait sa vie de tabouret dans un silence total, et pour ce que j’en savais, ça n’était peut-être pas une très bonne idée de mettre la sécurité de mon derrière entre ses mains. Mais malgré tout, j’ai persisté à lui faire confiance.

Pour nos ados, c’est exactement la même chose. On a beau s’asseoir dessus, ils ne se confient pas spontanément à nous. Et ça n’est pas parce que nous, les parents, nous ne sommes pas ouverts! Au contraire, nous ne demandons rien d’autre que de jaser tout bonnement avec nos proto-adultes afin d’opérer les rapprochements indispensables à l’établissement d’une confiance mutuelle enrichissante, genre-style-comme.

Tiens, pas plus tard que l’autre jour, j’ai posé une question toute en ouverture à Fille aînée: « Dis donc, ce Carl-Robert dans ta classe, il est donc bien grand pour un secondaire deux! Es-tu sûre que ça n’est pas un proxénète? » Eh bien, elle a refusé de me répondre. Une autre fois, après qu’elle soit rentrée d’une soi-disant fête d’anniversaire, je lui ai demandé un compte-rendu minute par minute de sa soirée (simple curiosité amicale). Ensuite, je lui ai fait vider ses poches devant moi (c’est plus pratique pour la lessive, c’est tout) et j’ai vérifié qu’elle arrivait à marcher droit sur une rangée de tuiles de la cuisine (pas pour tester sa sobriété, franchement; juste pour s’amuser). La tête qu’elle m’a faite! On aurait cru que j’essayais de lui faire passer un polygraphe, un test d’urine et des prises de sang en lui insérant à son insu un GPS sous-cutané; je ne suis pas folle, je garde ça pour son bal des finissants. Et puis d’abord, si je voulais contrôler ses moindres mouvements, je n’aurais qu’à la suivre partout. Je suis une adulte, j’ai le droit.

Mais je ne le fais pas. Que non! Parce que même quand on n’a pas toutes les informations, il faut apprendre à faire confiance à son ado. Premièrement, s’il nous cache quelque chose, c’est temporaire – à neuf mois, la grossesse va commencer à paraître, c’est obligé. Et deuxièmement, les secrets, c’est une simple loi de la nature. Comme Darwin l’a bien expliqué dans la théorie de l’évolution, si on savait tout sur notre ado, on ne pourrait probablement plus se concentrer sur rien, d’où l’incompétence, d’où la mise à pied, d’où la dépression, d’où la faillite et pour finir d’où la mort.

D’où mon conseil de cette semaine: MÊME DANS LE DOUTE, FAITES CONFIANCE (voir fig. 1).

Confiance

Fig. 1: Contre vents et marées, Mère indigne fait confiance.

Vous remarquerez que parfois, mieux vaut faire confiance avant d’avoir toutes les informations. On a l’air moins fou.

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