ENFIN!, vous dites-vous. Mère indigne s’attaque à un vrai problème social important, à la racine du mal par lequel l’intimidation et les photos d’ados-filles à moue de truite se propagent comme un feu sauvage pendant une partie de tag-barbecue: FACEBOOK!
Mes chers amis, croyez-moi, j’aimerais vous être utile. Mais je dois l’avouer, j’ai honte. J’ai honte parce que 1- je suis l’amie Facebook de Fille aînée mais 2- ça doit bien faire trois mois que je n’ai pas été espionner son profil.
Hé, toi, l’ado qui ne veut pas être ami Facebook avec tes parents de peur qu’ils t’espionnent sans arrêt, il faut bien que quelqu’un te le dise: ton Facebook est plate.
Je suis sérieuse. Il n’y a à peu près aucun profil Facebook de plus plate que celui d’un ado. Pour les besoins de la démonstration, allons espionner le mur Facebook d’un ado typique. Nous y découvrirons ceci:
Aujourd’hui, 10h38: « X a changé sa photo de profil »
Aujourd’hui, 10h32: « X a changé sa photo de couverture »
Aujourd’hui, 9h44: « X a changé sa photo de profil »
Hier, 22h21: « X a changé sa photo de couverture »
Hier, 22h13: « X a changé sa photo de couverture »
Etc, etc.
Les photos en question se résument en général à une succession de fonds d’écran tirés de Dragonball ou autre animé japonais. Poche! Tout le monde sait que l’intérêt d’une photo de profil, c’est qu’on peut la juger en disant que l’ami(e) dont on voit la face a donc ben vieilli/maigri/grossi ou qu’il s’habille mal ou qu’elle se pense bonne, etc. Les images de personnages animés n’ont aucun potentiel pour inspirer de la méchanceté gratuite et sont donc complètement ennuyantes (voir Fig.1).
Fig. 1: Exemple d’image de profil chère aux ados
et totalement inintéressante
Certes, en tant que parents, on peut préférer ça à de vraies photos, surtout si les photos montrent votre ado-fille en train de se donner une détestable attitude du genre « moue de truite ». Mais que voulez-vous qu’elles fassent, nos ados-filles? Tout le monde sur Facebook se donne une attitude dans sa photo de profil. Pour certains, c’est « fou rire en gang » (message: « j’ai du fun et des amis comme tu n’en auras jamais »). D’autres privilégient l’attitude « contemplation de la bouteille de bière que j’ai ramenée de Suède » (i.e. « je suis un citoyen du monde doublé d’un épicurien redoutable pour qui la bière belge est désespérément ordinaire »). Quelques personnes ne publient que des photos de leurs pieds (« mes orteils sont plus beaux que tes yeux ») ou, parlant d’yeux, d’un seul œil en très gros plan (« je suis tellement lucide que ça me fait mal »). La moue de truite sur la photo de profil de votre ado-fille signifie simplement: « Je ne regarde plus Dora l’exploratrice sauf des fois avec ma petite sœur ».
Parfois, pour briser une monotonie facebookienne qui lui fait sûrement honte à lui-même, l’ado mettra en ligne un vidéoclip de sa chanson préférée du moment. Si on a de la chance, on pourra s’en servir sur notre playlist de course mais, plus souvent qu’autrement, il s’agira soit de pop réchauffée ou de musique alternative inspirée directement de celle des années 90 – que nous avons vécues en direct. Parlant de ça, il se peut aussi très bien que le clip en question en soit un de Michael Jackson avec la légende: « OMMMGG c trop poche kil es plus laaaa ». Heille, l’ado, je suis née en 1971 et MJ m’appartient. Trouve-toi tes propres vedettes mortes.
Mais le plus déstabilisant, c’est de découvrir que le profil Facebook de notre ado est quétaine à mort.
Primo, les ados s’aiment. Leur mur est rempli de « j’t'<333 ostiiii dfoooolllleeeee », « té trop beeeeelllllleee », « Jsuis trop contente de tconnaiiitreee <3″, « moi aussi je tadooorreee », etc., même pas au deuxième degré. Et après ça, ça ose faire des bruits de vomi quand leurs parents se donnent un bisou devant eux.
Deuxio, leur profil est, horreur, rempli d’images bucoliques sur lesquelles sont inscrites des messages ultra-quétaines. Exemple: « Ça prend un milliard de personnes pour faire un monde, mais juste toi pour faire MON monde, BITCH« . Sachez-le, les jeunes: même si vous ajoutez des gros mots, les pensées inspirantes, ça reste culcul pareil.
Et tertio, nos ados font des quiz débiles auxquels nous, leurs parents, avons déjà répondu en 2008 (Quelle princesse de Disney êtes-vous? Êtes-vous plutôt singe ou escargot dans la mythologie lituanienne? Votre caractère s’apparente-t-il plus à la pâte longue, courte ou molle? Etc.). Pour tout vous dire, je soupçonne même Facebook de permettre à certains ados de jouer à Garden of Times avec leurs grands-parents. Décourageant.
Autant se le dire franchement, sur Facebook, la différence est mince entre le profil d’un ado et celui de ma tante Yvonne.
D’où mon conseil de cette semaine: tout parent qui se respecte se doit d’espionner la page Facebook de son enfant. C’est pourquoi vous chargerez votre conjoint de s’occuper de cette tâche somnifère entre toutes. Pendant ce temps, sirotez un gin tonic al fresco en faisant des recherches sur vos ex-chums et/ou blondes du secondaire. Parce que tout le monde sait que Facebook, c’est à ça que ça sert pour vrai.








